« Confessions » : un roman captivant sur Kairos… 

Il semble que le métier d’écrivain siée bien aux médecins (Tchekov, Sénanque, Rufin, et tant d’autres…) : sans doute développe-t-il en eux cette humanité profonde qui fait le charme indiscutable de leurs livres. 

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Avec Confessions, suivi de Kairos et la mort (dialogue), Bernard Sportès – médecin à la retraite du Clunisois où je vis – nous offre un livre aux qualités multiples : un rare bonheur de lecture sur tous les plans. 

L’intrigue en est passionnante, avec ses trois « confessions », ces trois personnes qui racontent à trois autres le même moment crucial qui a changé leurs vies à jamais. Leurs récits respectifs s’entrecroisent avec talent. 

Les personnages sont d’une grande densité psychologique : ils sont vrais, complexes, touchants, profondément humains. 

La narration alterne des chapitres de pur dialogue (Bernard Sportès a écrit  plusieurs pièces de théâtre) et d’autres plus romancés, ce qui confère à l’ensemble une agréable dynamique de lecture : je ne me suis pas ennuyé une seule seconde… tout l’inverse, même, je n’arrivais pas à lâcher le livre !

Mais surtout la thématique de fond de cet ouvrage est à la fois très actuelle et passionnante : elle tourne autour de la notion de « Kairos », soit (pour simplifier ici) le « bon moment », « l’occasion à saisir », une opportunité qui ne se présentera qu’une seule fois et peut changer toute une vie… 

Avec la notion de synchronicité, chère à Jung, celle de Kairos nous ouvre à d’autres compréhensions du temps que le Chronos de notre quotidien, de nos montres et horloges. Ce sont ici des temps chargés de sens. 

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On parle de plus en plus de synchronicités et de Kairos, depuis quelques années, ce que je trouve très significatif, justement, car la mesure du temps nous a enfermés depuis des siècles dans un monde chronométré, dans un temps  réduit à sa plus simple expression, à son ombre, un temps linéaire, pareil à un fil qu’on déroule, alors que le temps peut être une surface infinie ou un volume d’une profondeur abyssale… 

Confessions, par la magie du roman – et d’un roman très bien écrit en l’occurrence ! – introduit les lecteurs et lectrices dans ces autres dimensions du temps. 

C’est en même temps un livre d’une grande richesse philosophique et spirituelle, comme le souligne encore le dialogue final, intitulé Kairos et la mort, qui apporte des éclairages salutaires sur la question de la fin de vie (que je salue d’autant plus que je viens d’un pays, la Suisse, où le droit de mourir dans la dignité existe déjà depuis des décennies). 

Un petit mot sur Bernard Sportès, pour conclure. 

J’ai découvert sa plume voici une douzaine d’années, à travers un texte qui circulait dans Cluny, que je trouvais remarquablement bien écrit. J’ai voulu en connaître l’auteur. C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés et liés d'amitié. De fil en aiguille, j’ai lu plusieurs de ses pièces de théâtre (dont l’inoubliable Emilie, que je rêve de voir jouer, qui met en scène un violoniste en fin de vie… dialoguant avec l’âme de son illustre instrument, pour savoir à qui il reviendra après son décès !), avec toujours le même plaisir.

Confessions vient de paraître. Je souhaite donc tout le succès qu’il mérite à ce livre dont les personnages vont continuer de m’habiter un bon moment, et qui est venu nourrir et approfondir en moi des réflexions sur des sujets essentiels. Je le recommande vivement ! 

Merci Bernard. 


https://www.decitre.fr/livres/confessions-9782900311509.html



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