Don Miguel Ruiz vu par l’un de ses proches

 

Interview de Brandt Morgan,
nagual toltèque formé par don Miguel Ruiz
(version PDF)

 

Dans le cadre de l’article qu’elle a rédigé pour le numéro de mai 2019 de Livres-Hebdo sur la dynastie Ruiz, Marine Durand a interviewé mon grand ami Brandt Morgan, l’un des plus anciens apprentis formés par Miguel Ruiz, devenu lui-même un enseignant au grand cœur, d’une qualité rare. Avec son accord et celui de Brandt, j’ai eu envie de traduire l’intégralité de cette interview et de la partager avec vous sur mon blog.

 

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Quand et comment avez-vous entendu parler de don Miguel Ruiz ? Et comment s’est passée votre première rencontre ?

Je l’ai rencontré en 1995. Je vivais à Santa Fe, Nouveau-Mexique. J’avais vu sa photo sur une publicité pour des consultations privées. Je me posais des questions sur mon chemin spirituel, aussi me suis-je rendu à son domicile. Je n’oublierai jamais la façon dont il m’a accueilli à sa porte, avec un large sourire, les bras grands ouverts, comme s’il me connaissait depuis toujours.

Il s’est assis sur le canapé de son salon et m’a demandé, « Eh bien, que puis-je pour vous ? » Je lui ai répondu que je souhaitais approfondir mon cheminement spirituel. Il m’a regardé en silence de ses yeux noirs, avec un regard si profond qu’on aurait dit qu’il voyait jusqu’au tréfonds de mon âme. Il m’a semblé qu’un temps interminable s’écoulait avant qu’il me réponde. Mais quand il s’est exprimé, son message était limpide et ne prêtait à aucune confusion.

« Vous avez beaucoup trop d’opinions », me fit-il platement. « Et ce ne sont pas les bonnes ! ».

J’étais sous le choc. Jusque-là, j’estimais que mes opinions faisaient partie de moi, de mon intégrité. Miguel me faisait clairement comprendre que si certaines opinions et croyances sont positives, la plupart des miennes n’étaient que de la camelote qui m’encombrait l’esprit.

« Alors voilà la tâche que je vous confie », poursuivit-il. « C’est très simple. Vous devez retirer tout pouvoir à vos opinions. »

« Et comment je fais cela, Miguel ? », lui demandai-je.

« La première étape consiste à développer votre conscience », répondit-il. « Sans conscience, vous n’avez aucune chance. Alors, passez en revue toutes vos opinions, tous vos jugements et vos attitudes, et décidez lesquelles vous conviennent. Puis, gardez celles-ci, et fichez les autres à la poubelle ! ».

C’est ainsi qu’a débuté mon apprentissage toltèque avec don Miguel Ruiz. Et je n’ai cessé de « retirer tout pouvoir à mes opinions » depuis lors !

 

Qu’est-ce qui vous plaisait dans sa philosophie ? En quoi est-elle unique ? Comment êtes-vous devenu apprenti de don Miguel ?

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J’ai travaillé avec Miguel durant plus de 10 ans. Au début, c’était la magie et la puissance de la voie toltèque qui m’attiraient, mais ça s’est progressivement transformé, à mesure que j’apprenais à mieux connaître Miguel. Nous étions nombreux à le suivre, et cela allait croissant à mesure que les années passaient. La plupart de ceux qui le suivaient ne se préoccupaient pas de ce qu’il enseignait : on voulait juste être en sa présence, car il émanait de lui un tel amour inconditionnel. On le ressentait dans ses paroles, dans ses gestes, dans cette façon originale qu’il avait de nous faire comprendre que nous aussi, nous possédions également cette puissance d’amour en nous, un amour capable de nous guérir, mais aussi d’aider les autres à découvrir leur propre liberté et leur bonheur.

De quelle liberté s’agit-il ? D’être enfin libérés de la tyrannie de notre propre esprit. La liberté de pouvoir vivre dans l’amour, dans la joie et la célébration.

Plus s’approfondissait ma compréhension de ses enseignements, plus j’en venais à réaliser que l’amour était notre noyau fondamental intérieur et que la voie toltèque mettait à notre disposition les outils pour peler les couches d’illusion – les années de conditionnement familial et social – qui nous empêchent de percevoir cette vérité et de la vivre pleinement. Par la suite, j’en suis venu à apprécier ce qui constitue la vraie beauté de ces enseignements toltèques : ils nous fournissent un moyen de nous rappeler qui nous sommes vraiment, c’est-à-dire des êtres illimités et éternels, des expressions magnifiques de la vie une, de cet amour unique qui a créé et soutient l’univers, ainsi que tout ce qui y vit.

Grâce à l’enseignement de Miguel, et en particulier grâce à sa présence pleine d’amour, j’ai fini par comprendre que nous ne formons en réalité qu’un seul être magnifique, qu’il n’y a pas besoin de se diviser ni d’avoir peur, et que chacun d’entre nous est d’une sagesse, d’une puissance et d’une créativité infinies… pour peu que nous lâchions prise de nos limitations assez longtemps pour en prendre conscience.

 

Avez-vous déjà rencontré Miguel Ruiz Jr. et son frère José ? Selon vous, quelles sont les relations entre le père et ses fils ?

J’ai rencontré Miguel Ruiz Jr. quand il avait environ 16 ans, lors d’un voyage avec son père à Teotihuacan, au Mexique, berceau de la tradition toltèque. Même alors qu’il était encore adolescent, Miguel Jr. faisait preuve d’une étonnante maîtrise de la tradition toltèque. Il avait appris et absorbé une vaste quantité de sagesse et de connaissances, non seulement de son père, mais aussi comme interprète de sa grand-mère paternelle, Madre Sarita, la mère de Miguel, celle-là même qui lui avait transmis cette tradition, des années auparavant.

J’ai rencontré José Luis quelques années plus tard, lorsqu’il est s’est joint à son tour à nos voyages à Teotihuacan. Au début, ce n’était qu’un gosse de Tijuana mal dans sa peau qui ne parlait guère anglais. Mais sous la tutelle de Miguel, il a rapidement mûri et a fini par devenir l’un des plus étonnants jeunes hommes que j’aie jamais connus.

Miguel avait eu des visions relatives à ses garçons, et il savait quelles richesses magnifiques recelaient leur cœur. Il les a éduqués tous deux avec une profonde tendresse, pour faire émerger le meilleur d’eux. D’une certaine façon, je les ai vus grandir tous les deux, et j’ai pu voir comment Miguel se comportait avec eux. Il était toujours plein d’amour et les soutenait sans cesse, mais envers les apprentis toltèques qu’ils étaient par ailleurs, il était aussi dur qu’avec nous. Il savait qu’il leur fallait apprendre les leçons de la vie d’une manière à la fois très directe et pratique.

J’aimerais aussi souligner que Madre Sarita, la mère de Miguel, avait reçu la tradition toltèque de son père, don Leonardo, et lui-même de son propre père, don Ezekiel. Autrement dit, Miguel faisait avec ses fils ce que sa mère et ses ancêtres avaient accompli avant lui : transmettre la tradition toltèque à la génération suivante, afin de garder vivant l’héritage de la famille Ruiz. Je sais également à travers certains rêves que j’ai fait et certaines expériences vécues que, même s’ils sont aujourd’hui sur un autre plan, les esprits des ancêtres toltèques continuent d’influencer lez Ruiz et leur travail d’une manière aussi belle que pratique.

 

Les a-t-il encouragés à transmettre cette sagesse en Occident ?

Au fil des ans, à mesure qu’ils grandissaient, Miguel leur a confié de plus en plus de responsabilités. Il les a poussés à enseigner à leur tour, à emmener des groupes à Teotihuacan, et à partager avec autrui leur amour de la tradition toltèque. Mais il les a également invités à se montrer créatifs, à trouver de nouvelles manières d’exprimer les vérités anciennes, et – plus que tout ! – à être pleinement eux-mêmes. Il leur accordait énormément de liberté et leur donnait beaucoup d’amour.

Miguel Jr. s’est mis à écrire ses propres livres, et aujourd’hui, il est sans doute l’un des enseignants toltèques les plus innovants et les plus polyvalents, capable de toucher facilement un large éventail de personnes, afin de partager la voie toltèque avec des gens de tous milieux, que ce soit dans les affaires, dans les relations humaines, ou dans ce qui touche à la vie individuelle de chacun. José Luis écrit aussi des livres et il est notamment devenu un merveilleux conteur, qui envoûte son public avec son énergie illimitée et son enthousiasme.

 

Estimez-vous que leur philosophie diffère de celle de leur père ? Et si oui, pourquoi ?

Je ne dirais pas qu’elle diffère de celle de leur père, mais la façon dont chacun l’exprime est unique, et aussi différente que le sont leurs personnalités respectives. Disons cela comme ça : la lignée toltèque des Chevaliers de l’Aigle est comme un arbre magnifique, et chacun des Ruiz (y compris leurs ancêtres) est l’une des branches principales de cet arbre. Toutes sont différentes, mais toutes jaillissent du même tronc. Toutes donnent et reçoivent la vie, et c’est l’arbre qui donne vie à tous ceux qui entrent en contact avec lui.

C’est cette vie-là qui se transmet à travers des mots, des livres, des conférences, des consultations, des actes de générosité et de bonté, et mille autres formes d’expression – sans oublier les quelque 200 Cercles de Pardon qui existent aujourd’hui dans le monde, dont l’inspiration est venue à Olivier Clerc grâce à un enseignement que don Miguel lui a transmis.

Grâce aux Ruiz, l’arbre toltèque est beaucoup plus riche aujourd’hui qu’il ne l’était autrefois. Au cours des 20 dernières années, il a cru de façon exponentielle. Miguel a instruit ou influencé de très nombreux intervenants qui s’intègrent aussi à cet arbre dont ils sont des branches plus petites, qui transmettent cette sagesse toltèque à leur manière.

Autrement dit, l’arbre toltèque n’est aucunement constitué de la seule famille Ruiz : il est lié à toute la famille humaine. À travers les livres de Miguel, mais aussi ses fils et les personnes qu’il a formées, ses branches s’étendent désormais sur le monde entier. Tous ceux qui ont été touchés par ces enseignements – tous ceux qui ont su « retirer tout pouvoir à leurs opinions » pour découvrir leur liberté et leur bonheur – représentent les fleurs et les fruits de cet arbre. Et à leur tour, les voilà qui répandent des semences d’amour et de joie.

Telle était la vision de Miguel à l’origine, une vision que soutiennent à leur tour ses fils : que les branches de cet arbre toltèque s’unissent à celles des autres traditions et que les fleurs et les fruits de l’Arbre de la Vie collectif finissent par s’étendre partout pour créer un paradis sur cette Terre. C’est un rêve magnifique, à n’en pas douter ! Et il est clair qu’il reste du chemin à parcourir …mais nous progressons !

 

Avez-vous déjà travaillé avec Miguel Jr. ou avec José ?

Je n’ai pas travaillé avec eux, mais j’ai souvent été avec eux en diverses occasions. Voici quelques années, j’ai eu le privilège d’être à leur côté à la réunion annuelle des chamanes de Sedona, en Arizona. Miguel en était évidemment l’invité d’honneur, et Miguel Jr. et José se sont aussi illustrés à ses côtés. Plus de 200 personnes participaient à cet événement et, durant le week-end, les garçons et moi avons animé plusieurs ateliers en petits groupes. Pour ma part, j’ai fait découvrir aux participants la Marche de Vision. Je n’ai donc pas eu l’occasion de voir les fils de Miguel enseigner, à l’exception de leurs présentations respectives au groupe tout entier, mais je me rappelle la joie que j’ai eue à les voir là-bas et à discuter avec eux. Après tout ce que nous avions vécu ensemble, depuis des années, j’avais l’impression d’assister à une réunion de famille !

 

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