Quelques lignes sublimes de Tagore… 


Voici près de 30 ans que je lis et relis Sâdhanâ de Tagore, au moins une fois par an, sinon deux ou trois. Ce serait mon livre « île déserte ». 

Pour clore ce mois de mai et débuter demain celui de juin, je partage avec vous ces quelques paragraphes tellement inspirants… : 


Tagore

« Le jour vient à nous chaque matin, tout blanc, tout nu, frais comme une fleur. Mais nous savons qu’il est vieux ; il est le Temps lui-même. C’est le même très ancien jour qui a reçu dans ses bras notre globe nouveau-né, l’a recouvert de son blanc manteau de lumière, et l’a lancé dans le grand pèlerinage au milieu des étoiles. 

« Ses pas pourtant ne sont point las, ni ses yeux fatigués. Il porte l’amulette d’or de l’éternité qui ne connaît pas la vieillesse, et dont le toucher efface toutes rides du front de la nature. Notre monde porte l’immortelle jeunesse au plus profond de son cœur. Décrépitude et mort font glisser sur sa face de fugitives ombres, et s’en vont sans laisser nulle trace. Et la vérité reste, fraîche et jeune. 

« Ce vieux, ce très vieux jour de notre terre renaît chaque matin. Il revient, toujours au même appel de la même musique. Si sa marche suivait une ligne infinie et droite, s’il n’avait pas la terrible halte dans l’abîme des ténèbres pour renaître dans la vie des commencements sans fin, il souillerait et ensevelirait peu à peu la vérité sous la poussière, et le lourd martèlement de son pas répandrait sur la terre une douleur sans trêve. Chaque instant laisserait son poids de lassitude, et la décrépitude trônerait sans rival sur son trône d’ordures. 

« Mais chaque matin, parmi les fleurs tout fraîchement écloses, le jour renaît, répétant son message, nous assurant toujours que la mort doit mourir éternellement, que les vagues de l’agitation ne sont qu’à la surface, et que l’océan de la sérénité est insondable. Le rideau de la nuit s’écarte, la vérité jaillit, sans qu’une seule ride en vieillisse les traits, sans qu’un grain de poussière macule son manteau. » 


SâdhanâRabindranath Tagore ; Jean Herbert. Albin Michel. Édition Kindle. 



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